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La lecture à voix haute

La lecture à voix haute ouvre la voie à des perspectives didactiques passionnantes à condition que l’enseignant renonce à l’idée que la lecture à voix haute sert avant tout à vérifier des compétences de lecteur.

07-02-2005, Lorimier Martine

La lecture à voix haute ouvre la voie à des perspectives didactiques passionnantes à condition que l’enseignant renonce à l’idée que la lecture à voix haute sert avant tout à vérifier des compétences de lecteur. En revanche, elle doit devenir un objet d’apprentissage en soi et au-delà le support d’une expérience esthétique.

La lecture à voix haute n’est pas une étape vers la lecture silencieuse mais, comme l’affirment Jean Foucambert et Eveline Charmeux, elle suppose déjà une parfaite maîtrise de la lecture ; elle ne permet pas d’apprendre à lire, elle suppose qu’on sait lire.

Dans les pratiques sociales de la lecture à voix haute, celui qui lit à haute voix ne se contente pas de lire. En réalité, il communique aux autres oralement, la lecture qu’il a faite auparavant.

La lecture à voix haute est donc une activité de communication orale, seconde par rapport à la lecture. Elle ne doit pas être une activité de « déchiffrage sonore ». C’est au contraire une activité complexe qui exige un important travail de préparation où il va s’agir de produire un message sur sa propre lecture, une « lecture de la lecture ».

Mais certains obstacles s’opposent à l’apprentissage de la lecture à voix haute, ce sont les acquis sur lesquels s’appuient les élèves et qui constituent de redoutables machines à stéréotypes. Parmi eux, on peut dégager la ponctuation et le « ton ».

L’habitude de marquer une pause longue au point, et une autre plus courte à la virgule engendre des effets pervers, ainsi que la fausse musicalité induite par exemple par ma montée réputée automatique de la voix sur la phrase interrogative.

La deuxième source principale de stéréotype est la question du ton qu’il faut soi-disant mettre. Il s’agit là d’un poncif scolaire fortement rejeté par les comédiens qui préfèrent parler d’état ou d’intention. En réalité, mettre le ton c’est jouer les mots du texte, c’est à dire créer un effet de redondance entre le texte et la façon dont il est lu. Cette technique sature l’imaginaire.

Il est beaucoup plus intéressant de travailler sur l’adresse qui déplace l’énergie du texte vers la relation avec l’auditoire.

En jouant sur la variation, on peut montrer aux élèves que ce ne sont pas les mêmes mots du texte qui sont mis en valeur alors qu’une lecture induite par le ton entraîne une uniformisation.

Ceci montre que l’apprentissage de la lecture à voix haute nécessite un désapprentissage et une libération par rapport à des codes scolaires.

Se nourrir des techniques utilisées par les acteurs permet d’échapper à des modèles induits et en allant plus loin, on peut faire de cet apprentissage le lieu d’une expérience esthétique.

Pour ce faire, il faut travailler sur la posture du lecteur et sur la forme.

On peut par exemple créer des espaces sonores. Des exercices de chœur ou de choralité permettent à tous de participer ainsi que la recherche de bruitages ou d’accompagnements musicaux.

On peut aussi mettre en espace la lecture, jouer sur la place du lecteur ou des auditeurs, varier la posture corporelle du lecteur, placer des accessoires qui peuvent être manipulés par un servant de scène.

Il y a là un champ d’expérimentations à ouvrir qui redonne à la lecture à voix haute la place qu’elle a perdue depuis le XVIII° siècle, que le théâtre est en train de redécouvrir aujourd’hui. Cette activité peut aussi être un bon moyen pour valoriser et mettre en confiance des élèves en difficultés face à l’écrit, mais beaucoup plus à l’aise à l’oral. Leur rapport à la lecture peut ainsi être sensiblement amélioré.

Bibliographie :

Charmeux E. « La lecture à voix haute, est-ce de la lecture ? » in La Lecture, Nathan Pédagogie 1991

Nicolas C. « Qu’est-ce que lire à voix haute ? » in Lire au lycée professionnel n°45 ,été 2004


 

Dernière mise à jour du site 21/ 06/ 2010


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