Autour de la bande dessinée
Sommaire
1. « Une trop bruyante solitude » : de l’adaptation en bande dessinée d’un roman à la création d’une exposition, p1
2. Un continent à explorer : le manga, p2
3. Des livres sur la bande dessinée..., p5
1. « Une trop bruyante solitude » : de l’adaptation en bande dessinée d’un roman à la création d’une exposition
Par Lionel TRAN, écrivain et scénariste
Le roman de Bohumil Rhabal
Depuis trente-cinq ans, Hanta écrase de vieux livres sous une presse hydraulique. Il écrase, il boit, il écrase, il soliloque en déambulant dans les rues de Prague. Il s’est donné pour mission de sauver cette culture qu’il est chargé de détruire. Dans l’avalanche de livres qui se déversent dans sa cave, il fait son choix, arrachant les uns à la mort, réservant à d’autres un traitement moins ignominieux. Ce faisant, il prend du retard dans son travail. Rejeté, abandonné de tous, il ne lui reste plus qu’à rejoindre ses livres bien aimés...(Tous droits de reproduction du résumé, réservés aux éditions Robert Laffont)
Roman écrit et publié clandestinement en Tchécoslovaquie durant les années 1970, Une trop bruyante solitude fut perçu lors de sa sortie comme une dénonciation de la répression communiste. Avec le recul, le thème du vieillissement et du remplacement d’une culture par une autre apparaissent comme son véritable fond.
L’adaptation en bande dessinée
A l’époque sans emploi, Lionel Tran prend un Contrat Emploi Solidarité dans une imprimerie d’Etat, dans des conditions proches de celle dans lesquelles travaille Hanta, le personnage principal d’Une trop bruyante solitude. Pendant deux ans, il découvre le travail d’imprimeurs proches de la retraite qui ont été typographes, avant d’assister à la destruction de leur métier, remplacé par l’offset. Pendant les deux ans passés à l’imprimerie, à l’issue desquels Lionel Tran devient massicotier, il assiste à un nouveau bouleversement dans la vie de ces ouvriers du livre : l’arrivée des machines numériques, qui remplacent les Offsets. Ce contexte, proche de l’ambiance d’Une trop bruyante solitude, aide Lionel Tran à peaufiner l’adaptation. Il fait venir Valérie Berge, photographe, à l’imprimerie, après avoir expliqué les bases du projet aux ouvriers qui acceptent qu’elle les prenne en photo pour l’album.
Pour compléter ce travail, Valérie Berge prend des photos dans les quartiers ouvriers de Lyon.
Pour extraire le script complet, Lionel Tran réécrit tout le livre et fait des choix par rapport à ce qu’il a vécu à l’imprimerie.
Ambre, le dessinateur de la BD réalise les planches à partir du script et des photos. A partir de photocopies des photos de Valérie Berge, il fait des reconstitutions des photos trait à trait, à l’encre, avec une table lumineuse.
La BD est finalement publiée par « Six pieds sous terre », éditeur de BD indépendant.
Elle a reçu le prix Zazieweb 2003 de la Petite Edition.
L’exposition
L’exposition se compose de photos de Valérie Berge et de chapitres entiers de la BD. L’équipe a essayé de matérialiser l’allégorie du roman avec le décor : des piles de vieux livres récupérés chez des bouquinistes et des ballots de papier.
Eric Terrier, un autodidacte de l’ingénierie numérique a réalisé un film de 14 min qui accompagne l’exposition. Ce film répercute dans l’exposition le bruit incessant de la presse à papier. C’est une parabole du travail de Hanta.
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