Journée professionnelle du vendredi 18 novembre 2005
Les évolutions du paysage éditorial et la constitution de la valeur économique du livre entraînent elles la mort de la création et de la diversité ?
Intervenants :
Christian Robin, spécialiste de l’économie du livre
Alain Serres de l’ Edition Rue du Monde
Hedwige Pasquet des Editions Gallimard Jeunesse
Intervention de Christian Robin :
Il propose de commencer par nous présenter un bref historique sur les vingt cinq dernières années.
A partir des années fin 1970 /début 1980 avec les changements politiques et économiques des idées-néo libérales des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, une phase de libéralisation des médias est amorcée en France avec la radio puis la privatisation de certaines chaînes de télévision. Avec l’entrée de grands groupes financiers industriels (initialement étrangers au monde de l’édition) dans celui-ci (Lagardère pour Hachette, Havas pour Nathan)de nombreuses petites maisons d’édition changent d’actionnaires ou sont rachetées.
Un phénomène de concentration de l’édition voit le jour. Se forment alors de grands groupes comme Vivendi Universal Publishing, Hachette, La Martinière-Le Seuil, Gallimard, Média participation, Flammarion, Albin Michel. Une « cartographie » élaborée en 2004 par Livre-Hebdo donne un aperçu de l’état actuel de l’édition française.(Nous renvoyons le lecteur vers un document similaire réalisé par le journal La Tribune en fin de page).
Cette concentration éditoriale est aussi favorisée par l’arrivée du PC (IBM et Mac) entraînant la numérisation et devenant un outil au service de l’édition.
Le processus éditorial débute, aujourd’hui, bien avant la production du texte.
L’intervenant, lui-même auteur, a pu le constater lors de l’édition de son livre d’économie dans la collection Repères chez Nathan. L’auteur reçoit un cahier des charges où tout est décidé au préalable : de la longueur du texte au nombre de signes précis, maquette précise (emplacement des illustrations déterminé à l’avance, emplacement des titres...). Il est évident que ce genre de publication a une influence sur le contenu !
Donc, lorsqu’on réfléchit sur le thème du jour, il faut tenter, pour avoir une vision juste du problème de ne pas axer sa réflexion uniquement sur les ouvrages de littérature. Selon le type d’ouvrages, les contraintes d’édition, les modes de distribution, et le public diffèrent. :
En quoi économie et finances peuvent-elles influer sur le contenu des livres et la créativité ?
Christian Robin propose plusieurs analyses possibles :
L’accès au marché : comment créateurs producteurs peuvent - ils accéder au marché lorsqu’il existe une telle concentration aussi au niveau de la distribution ?
Le distributeur a un rôle déterminant dans le marché, étant celui qui s’occupe d’enregistrer les commandes et de les traiter financièrement. Il a un rôle stratégique entre le détaillant (libraire) et l’éditeur.
La capacité d’adaptation des professionnels de la chaîne du livre aux contraintes financières : malgré la « prolétarisation » de toutes les personnes constituant la chaîne du livre, on a pu constater une amélioration de la qualité formelle des livres de 1980 à 2001 liée aux progrès techniques et technologiques. Mais une maquette « livre » est payée le même prix aujourd’hui qu’en 1980 !
Phénomène paradoxal : l’industrialisation par la technique n’a pas freiné la créativité. La concurrence féroce est un stimulant et on constate une augmentation des nouveautés dans le secteur jeunesse.
Malgré la concurrence des autres loisirs culturels, globalement, le secteur de l’édition est plus rentable aujourd’hui que durant les dix dernières années. Les rééditions sont aussi un bon moyen de relancer le marché.
Intervention d’Edwige Pasquet
La chaîne du livre comprend des métiers qui vont de l’artisanat jusqu’à la dimension industrielle.
La conception éditoriale intègre les aspects suivants :
l’aspect graphique (couverture, maquette, illustration)
la fabrication (format, type de support (carton, papier, matières différentes))
l’aspect financier : en France, grâce à la loi Lang, on a abouti à un « prix unique » du livre avec une remise maximum de 5%. Cette mesure a permis aux libraires de continuer à exister et garder une certaine indépendance.
Enormément d’intervenants et d’éléments doivent être pris en compte dans le prix total du livre : la TVA à 5,5%, le libraire dont la part varie de 25 à 40 %, la distribution qui représente 12%. Il reste environ 40% pour l’éditeur qui doit les partager entre l’auteur, l’illustrateur, la fabrication, l’impression, la promotion du livre.
L’aspect commercialisation est très important : la mise à l’office est possible mais pas automatique : ce contrat modulable passé entre le diffuseur et le libraire permet à celui-ci de recevoir automatiquement les livres prévus dans le contrat. Il peut les garder au minimum deux mois et les renvoyer au bout d’un an.
Pour prolonger la vie d’un livre et les bénéfices associés, on peut aussi envisager la vente des droits de traduction à l’étranger, la diversification des formats ou supports.