« Les mots font des images... »
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Jeanne Benameur : « Les mots font des images... », p1
Jeanne Benameur : « Les mots font des images... »
Collégiens, jeunes adultes en réinsertion sociale, vacanciers ou habitants que tout opposent : rien n’arrête Jeanne Benameur dans son désir d’aider les autres à mieux vivre grâce à la magie des mots. Vendredi 21 novembre, devant une assemblée de professionnels du livre sous le charme, l’écrivaine a partagé ses expériences d’ateliers d’écriture et d’imaginaire. Une leçon de médiation culturelle avec le respect de l’autre comme credo.
"On entend souvent les gens dire : - Oui, j’aimerais lire mais je n’ai pas le temps !"
Or le temps n’est pas une notion que l’on possède, on ne possède pas le temps, on le vit, on -est- le temps. Pour ma part, j’ai choisi d’être dans le temps de la lecture. C’est comme cela que l’on peut dire « Je » et pas seulement « Moi ». Car Je nécessite l’utilisation d’un verbe conjugué et place l’individu forcément dans le temps, alors que le moi se contente de l’infinitif. L’être humain est un être conjugué, la médiation, cette passerelle entre le Moi et le Je. »
Jeanne Benameur entame son intervention par des mots fortement empreints de psychanalyse car pour elle « Le travail d’écriture a pour but d’advenir à être Je. ». Et de nous lire des extraits de son dernier ouvrage Les mains libres qui paraîtra en janvier 2004. A travers l’histoire d’une veuve solitaire qui n’a jamais côtoyé les livres de la bibliothèque de son mari que pour les épousseter, J. Benameur poursuit son travail autour de la force de l’imaginaire. Son personnage rencontre un jeune homme et se met à ouvrir les pages et les yeux. Alors pour la première fois,« les mots font des images. »
« C’est parce que l’individu prend conscience de ses limites qu’il peut laisser leur place aux autres. » poursuit l’auteure. Pour elle, le moteur de cette démarche doit rester la joie et l’espérance car la contrainte est impossible. « Je ne crois pas aux cerveaux gras ! »
Experte en atelier d’écriture, J. Benameur a testé cet été une nouvelle forme de travail sur les mots : l’atelier oral d’imaginaire.
« J’ai voulu montrer que l’imaginaire est présent chacun de nous mais malheureusement trop laissé de côté aujourd’hui. L’imaginaire ne doit pas être opposé à la réalité sous prétexte que seule la réalité est vraie : quand j’ai dans la tête des images, oui elles sont invisibles mais elles sont aussi rigoureusement vraies que le coup de talon que je peux donner sur le sol... La grande différence est que si l’on peut m’empêcher de taper du pied, personne ne peut contraindre mon imaginaire... Faire fonctionner son imaginaire est pour moi un acte politique ! Je dis aux jeunes, c’est la seule chose qui soit totalement libre, gratuite et secrète. Rien à voir avec le pouvoir des images extérieures qui est parfois une domination, une imagerie dangereuse... »