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Zoom sur Gallimard jeunesse

D’après l’intervention de Thomas Dartige, responsable éditorial

10-05-2007, DIRE (auteur collectif du CRDP de l’académie d’Aix-Marseille)

Sommaire
Les encyclopédies, p1
L’apport d’Internet, p1
Pour de futurs citoyens, p1
Echanges avec la salle, p1

Le secteur considéré vise une tranche d’âge qui commence à 6-7 ans pour aller jusqu’au collège (et plus éventuellement).
Le catalogue des productions présente 300 références, pour une sortie de 60 titres par an. L’équipe est composée de 5 personnes.
Leur conception de la vulgarisation scientifique est la même que celle retenue par Aline Antoine.
Le parti pris est l’encyclopédisme et l’indépendance, ce dernier point permettant l’ouverture, mais n’étant pas toujours sans risques.
Tout en étant fidèle à l’histoire de Gallimard, il s’agit de répondre à l’évolution actuelle, avec une prise de risque permanente. Les livres s’efforcent de rassembler la beauté, l’intelligence du propos, de développer la sensibilité et la curiosité des lecteurs. A partir des connaissances de base et du monde environnant, on suscite la réflexion, avec l’objectif de former des citoyens libres et éclairés ; car la vulgarisation ne doit pas être seulement techniciste ou ferment de vocation ; elle doit ouvrir aussi au débat citoyen qui relève d’une éthique et engage l’avenir de la société. La science est abordée dans tous ses états, en s’appuyant sur :

-  des images de sciences
-  Internet
-  l’actualité des sciences
-  l’histoire des sciences

Les encyclopédies

Héritage de son créateur, Pierre Marchand, la collection Les Yeux de la découverte est une véritable légende de l’édition encyclopédique, vendue à 50 millions d’exemplaires dans le monde et traduite dans 36 langues. Elle est dans le droit fil de l’esprit de l’Encyclopédie de Diderot ; elle assure le passage entre la culture de chercheur et celle de savoir scolaire ; les pages actuelles sont directement inspirées de planches du 18e siècle, tout en bénéficiant des techniques modernes : la mise en regard du même sujet (le nid, l’œuf et l’oiseau et l’éclosion de l’œuf) à deux siècles et demi d’écart est de ce point de vue tout à fait flagrant.
On peut alors véritablement parler d’une forme d’écriture où l’on part du synopsis très précis d’un auteur ; sont ensuite recherchées les images et vient enfin le texte. Les images sont l’objet d’un soin tout particulier, avec la recherche d’inédits dans tous les domaines (animaux, montagnes...) afin de répondre à l’engagement "Des livres qui vous montrent ce que les autres vous racontent".
Mais cet attachement à une forme de tradition n’exclut pas, bien au contraire, la nouveauté et la prise en compte de l’évolution des techniques et des connaissances : les limites du visible sont chaque jour repoussées, la perception du système solaire change, les données sur l’anthropologie s’enrichissent régulièrement.
La représentation des choses, grâce à l’évolution des images, n’est plus la même, que ce soit dans l’approche du corps humain, de l’espace ou de la paléontologie ; le recours à l’imagerie scientifique et numérique s’est banalisé (cf. par exemple l’album 100% Technologique : ces objets qui nous changent la vie).
Car un des partis pris graphiques consiste à ne pas être analphabète des images qui ont une origine, qui sont le reflet d’une réalité ; on pense bien sûr à l’IRM, à la 3D, mais aussi à la macrophoto avec laquelle on entre au plus profond des objets ou des tissus.
Ce qui vaut pour l’infiniment petit vaut aussi pour l’infiniment grand, avec les satellites et les sondes spatiales qui nous convient à une visite du système solaire, de l’univers...
Le choix des images n’est pas effectué dans un seul souci d’esthétisme graphique ; il entraîne un changement de perception du réel ; les points de vue peuvent en être modifiés, bouleversés ; rappelons-nous les premières photos de fœtus en 1965 ou le lever de Terre photographié depuis la Lune en 1968...
L’imagerie numérique, qui permet tous les traitements, autorise les effets combinatoires en mêlant dessin, image, photo ; la reconstitution actuelle du corps humain, par exemple, est assez éloignée de l’écorché du siècle précédent. On peut même reconstituer des espaces inaccessibles, des monuments qui ont disparu, on peut entrer dans la chambre magmatique du volcan, visiter le tombeau de Kéops ou se retrouver nez à nez avec un dinosaure.

L’apport d’Internet

Ce dernier fait maintenant partie du quotidien des adolescents et propose de nombreux contenus et ressources ; reste néanmoins posé le problème d’une recherche documentaire efficace et pertinente. L’encyclopédi@ des sciences essaie de combler cette lacune : elle a pour ambition de tirer le meilleur parti d’un ouvrage de références, mais aussi de l’Internet. La partie encyclopédique papier reste fidèle à des connaissances dont la stabilité fait référence et, en même temps, renvoie à Internet qui est en phase directe avec l’actualité. Pour faciliter la recherche et la liaison entre les deux supports qui sont totalement complémentaires, des mots clés sont proposés et un accord passé avec Google autorise des renvois vers un millier de sites de toute nature.
Cette forme d’ouverture nous rappelle, si besoin était, que les médias et le multimédia comptent maintenant autant que l’Ecole dans l’acquisition des savoirs.
On répond ainsi à un double enjeu démocratique et pédagogique : on réduit les inégalités dans le traitement des programmes qui ne sont pas nécessairement les mêmes pour tous et on suscite la motivation en donnant un sens nouveau au savoir et en réconciliant le savoir scolaire et la vie réelle.

Pour de futurs citoyens

C’est aussi l’objectif de Les 1000 mots de l’info : pour mieux décrypter le discours de l’actualité : donner du sens à l’information, développer le sens critique et ouvrir sur le débat citoyen et aider les parents et les enseignants - et tous les citoyens - à répondre aux questions que soulève l’actualité.
Dans le même esprit, mais d’une manière plus approfondie, Les clés de l’info : pour mieux comprendre les médias et l’actualité partent des faits d’actualité et les abordent sous différents angles, avec des mises en perspective (par exemple, le pétrole, c’est le prix de l’essence à la pompe, mais aussi les problèmes géopolitiques, voire la guerre ou les marées noires) et développent l’attitude critique.
De son côté, la collection La connaissance est une aventure aborde la vulgarisation par l’histoire des sciences en mettant en avant la valeur du temps du chercheur (qui n’est pas celui de tout un chacun), le cheminement plutôt que le résultat lui-même et le rapport de l’histoire des sciences avec l’histoire de la société. Dans cette optique, on revient à la forme narrative, mâtinée d’humour.

Pour terminer, Thomas Dartige présente L’encyclopédie des cancres qui aborde la question avec un regard inversé : les grands noms des sciences, entre autres, n’ont pas nécessairement eu des cursus scolaires ou personnels toujours brillants, loin s’en faut ; une manière de ramener la science à une dimension humaine, rassurante et accessible.

Echanges avec la salle

A qui regrettait de voir toujours les mêmes thèmes traités, alors que d’autres, qui suscitent des questions, restent absents des catalogues, il a été répondu qu’un même sujet considéré comme "classique" peut évoluer et qu’il convient de rendre compte de cette évolution. Néanmoins, il est vrai qu’il est fait la part belle aux questions relevant des programmes scolaires et moins à des sujets plus originaux, mais tout aussi intéressants pour la vulgarisation scientifique.
En tant qu’éditeur, Gallimard est aussi soumis aux impératifs commerciaux et propose du "classique" pour pouvoir aussi parfois prendre des risques sur d’autres créneaux : il lui arrive de proposer de l’offre et de ne pas seulement répondre à la demande. Mais comment satisfaire toutes les curiosités, même les plus pointues, sachant que le réflexe d’un élève chargé d’un exposé est d’aller actuellement directement sur Internet ? Des domaines restent ainsi relativement "pauvres", comme les mathématiques ou la géographie et notamment la cartographie.

Un bon documentaire scientifique est le fruit d’une savante et fragile alchimie entre, d’un côté des auteurs connus pour leur compétence, ou très connus du grand public et donc compétents, et de l’autre un langage, qui associe, l’humour, l’explication, la narration. A cela peut se greffer le problème de l’accès aux banques d’images ou la question de la traduction, doublée d’une relecture technique et scientifique. La relecture générale se fait toujours dans une optique vulgarisatrice.


 

Dernière mise à jour du site 31/ 08/ 2010


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